Valeri Lobanovski : la Dynamo du football

Valeri Lobanovski : la Dynamo du football

6 janvier 2022 0 Par Copa de Otro Mundo

6 janvier 1939, date anniversaire d’un tacticien révolutionnaire. Valeri Lobanovski, visionnaire de Kiev, est devenu le symbole de l’âge d’or du football de l’Europe de l’Est.

Il est question d’un architecte, d‘un personnage ayant amener le football au-delà de l’état dans lequel lui l’avait trouvé. Par son ingéniosité, Valeri Lobanovski a transformé la manière d’appréhender le football en instaurant une méthodologie d’entrainement et une approche tactique en match, jusqu’ici inédites. Il est l’une des références du football ukrainien et de l’Europe de l’Est, région qui a vu sortir de sacrés manieurs de ballon. Il est l’âme du football du Dynamo Kiev. Connu des experts, son savoir a forgé des joueurs de classe mondiale. Des Ballons d’Or (Oleg Blokhin en 1975 et Shevchenko en 2004) se sont formés sous ses ordres. Son héritage a su traverser les épaisses frontières du bloc de l’ex URSS, influençant des tacticiens de renommée mondiale tels que Marcelo Lippi ou Luis Aragonés.

Issu d’une famille modeste famille ouvrière de Kiev, Lobanovski opte pour des études poussées. C’est une tronche, un cérébral qui aime la rigueur et la logique arithmétique. Il faut dire que les chiffres le lui rendent bien puisqu’il obtient la médaille d’or de mathématique du lycée puis devient diplômé en ingénierie à l’Institut Polytechnique de sa ville natale. Cependant, il n’en a pas que dans la tête, avec les pieds aussi il se débrouille plutôt bien. Lobanovski fait ses débuts avec le club de son cœur à 19 ans. Au Dynamo Kiev, le gaucher s’avère être l’un des meilleurs ailiers du championnat. Il sait également se distinguer lorsqu’il enquille quelques corners directs, exercice somme toute assez complexe.

Paradoxalement, le joueur n’est pas fans de la répétition des entrainements. Quoique, certains racontent qu’il lui arrive de dessiner sur le terrain des méthodes basées sur des modèles mathématiques. Des schémas savamment grattés chez lui sur un bout de papier. En 1965, Valeri Lobanovski quitte le Dynamo pour rejoindre les rangs du Tchernomorest. Deux ans plus tard, il vient terminer sa jeune carrière au Shaktar Donetsk à seulement 29 ans.

Le jeune retraité a des idées derrière la tête, comme toujours. Un an après avoir raccroché les crampons, il prend les rênes du Dnipro, alors dans l’antichambre du football soviétique. Le succès est au rendez-vous. Au terme des trois saisons passées sur le banc, il fait monter son équipe et l’installe à une place plus qu’honorable en première division. Les résultats, le jeu et le profil du personnage séduisent le football de l’Est. D’ailleurs, son club de toujours, le Dynamo Kiev lui fait les yeux doux. De retour chez lui, il peaufine pour mieux déballer sa thèse footballistique… avec brio.

À trop s’attarder sur le faciès de Lobo, on tombe facilement dans le cliché de l’homme soviétique grand, imperturbable, au rictus grave avec de faux airs militaires. À dire vrai, ce n’est pas un hasard si on le surnomme « Le Général » tant il est attaché à la rigueur de sa méthodologie géométrique. C’est un méticuleux qui souhaite avoir tout sous contrôle.

Néanmoins, Lobo apprécie lorsque la pureté s’exprime dans le football. L’unique affranchissement accordé à sa tactique pensée est celui du talent, de l’inspiration capable de transcender le système de jeu. Son crédo, c’est de sublimer le jeu collectif, préparé sur fond de schémas mathématiques, dans lequel la liberté de mouvement et la polyvalence de ses joueurs doivent s’exprimer. Attaque de l’espace, pressing rapide déclenché à la récupération pour mieux tuer en contre-attaque. Dans cette conception, se devine l’une de ses inspirations : l’Ajax et son Total Football. Mais pour pouvoir tenir ce rythme, il est nécessaire d’avoir des joueurs au top de leurs conditions physiques. À cet égard, il devient un précurseur. Jamais encore dans le football, une telle approche scientifique n’a été observée. Toujours dans une volonté de faire du football une science quasi exacte, Lobanovski crée des notes sur l’état physique et la capacité tactique de ses joueurs.

De surcroît, l’ukrainien devient l’un des premiers à utiliser la vidéo et l’ordinateur pour archiver l’ensemble des données collectées. Des séances d’entrainement lourdes ou des « programmes » comme il aime les appeler, favorisent l’athlétisation des joueurs via une individualisation des séances de travail. Sa pensée veut que chaque joueur puisse se substituer à un autre. Peu importe la tactique, peu importe l’endroit sur le terrain. Tout le monde doit savoir tout faire. Des sommets sont atteints en terme de dépassement de fonction. Lui définit son style de jeu comme de la « polyvalence sage ». Il voit l’animation de son équipe comme un ballet. Et c’est tout sauf une coïncidence si de temps à autre il organise des sorties au théâtre ou à l’opéra. L’intellectualisation du football, toujours.

Lobo connait trois piges en tant que coach du Dynamo. La première, entre 1974 et 1982, est riche en trophées.  Cinq championnat d’URSS, trois Coupe d’URSS. Mais également une Super Coupe du’URSS, une Coupe des Coupes et une Supercoupe de l’UEFA. En 1975, année de moisson européenne, le Dynamo est considérée, par conséquent, comme l’une meilleure équipe au monde.

Lors de sa seconde étape, entre 1984 et 1990, la formule fonctionne encore. Au-delà des nouveaux nombreux titres glanés en URSS (trois championnats et trois coupes soviétiques), son Dynamo Kiev impressionne à nouveau sur la scène continentale. En point d’orgue, la danse passée aux joueurs de l’Atlético Madrid en finale de la Coupe des Coupes 1986 à Lyon. Un match qui restera comme l’une référence absolue de l’idée de jeu prônée par Lobo.

Son dernier passage sur le banc du Dynamo se déroule entre 1996 et 2001. Dans son effectif, un certain Andrei Shevchenko y fait ses classes. Au point que l’attaquant sera marqué à jamais par les leçons de foot dictées par « Le Général ». Au début du nouveau millénaire, Valeri Lobanovski conclut définitivement son aventure avec le club de sa vie avec cinq championnats ukrainiens de rang gagnés !

Tous ces cycles dans la capitale ukrainienne sont entrecoupés d’expériences dans le football de sélections. Logique que cette trajectoire ait convaincu les dirigeants de l’Union Soviétique de l’installer à la tête de l’équipe nationale. Là aussi, il y vit trois périodes distinctes entre 1975 et 1990. L’équipe nationale impressionne. Lobanovski, malin, construit sur la base de son travail effectué à Kiev. Mais l’URSS veut gagner des titres majeurs. Ainsi, aux médailles d’argent à l’Euro 88 et de bronze aux JO 76 viennent contrebalancer les échecs des Coupes du Monde 86 et 90. Les dirigeants ne lui pardonnent pas qu’une sélection dont la colonne vertébrale est pourtant celle du si puissant Dynamo, ne puisse pas triompher sur la scène internationale.

Valeri Lobanovski a laissé une empreinte indélébile sur le football ukrainien. À sa mort en 2002, plus de 100 000 personnes viennent lui dire un dernier au revoir dans le stade du Dynamo. Shevchenko, présent, les larmes au yeux, résume la pensée de tout un peuple en le désignant « le père de nous tous, notre maître ». Aussi, une autre preuve de son importante influence : l’imposante statue le représentant. Assis sur un banc, les pieds sur un ballon, l’air concentré et le buste incliné vers l’avant comme pour finalement rappeler l’aspect visionnaire d’un personnage ayant grandement apporté au football.