Trêve de Noël : le match des tranchées

Trêve de Noël : le match des tranchées

24 décembre 2021 0 Par Copa de Otro Mundo

24 décembre 1914. En cette veille de Noël, soldats alliés et allemands improvisent un cessez-le-feu. Le match de foot, joué le lendemain entre les tranchées, est une expression de paix. C’est le symbole de la Trêve de Noël.

Le réveillon de Noël 1914 offrit un événement pour le moins inattendu. Les troupes alliées – composées principalement de britanniques, de français et de belges – et allemandes choisirent de siffler une pause dans ce conflit sanglant. Entre leurs mains, plus de baïonnette mais des rations de nourriture, des bouteilles d’alcool partagées. Des clopes et des cigares échangés. Entre leurs pieds, rebondissait un ballon au milieu de tranchées et de camarades enterrés.  Les deux camps profitèrent d’une nuit de paix, d’un instant calme et jovial, de ceux qui s’apparentent à un moment suspendu dans le temps, flirtant avec le surréalisme. Le lendemain, jour de Noël, le ballon rond fut un véritable trait d’union entre deux ennemis d’armes. Le match joué contribua grandement à l’achèvement de la fameuse Trêve de Noël.

Mais qui a-t-il eu le cran de sortir des tranchées le premier ? Surtout, qui s’est aventuré, à nu, pour jouer un simple match de football ? Tout semble indiquer que les allemands en furent les initiateurs. Constatant la proximité géographique avec le camp d’en face, ces derniers engagèrent leur responsabilité. Sans délai, ils rejoignirent les tranchées adversaires en chantant, à tue-tête, des mélodies de Noël. Surpris, beaucoup doutèrent de la sincérité de la démarche, pensant davantage à un piège qu’à un acte pacifique sincère. Sauf que les hommes des puissances alliées se rendirent compte de leur bonne foi en voyant les allemands se rapprocher, sans arme aucune.

Les tranchées de la localité d’Ypres en Belgique délimitèrent la surface de jeu. Tout porte à croire que les allemands sortirent vainqueurs de ce match tout aussi improbable qu’improvisé (3-2). Mais qu’importe le résultat face à tant de symbolique. Le partage, la convivialité et l’empathie dans les sentiments, et les vœux communiqués entre ces frères d’un soir, furent de loin l’essentiel.

Les soldats morts au combat eurent également droit à des funérailles dignes et des hommages solennels. Les deux camps se réunirent pour saluer la mémoire de leurs compagnons de bataille, dans un acte de respect le plus total.

Plusieurs livres (Silent Night: The Story of the World War I Christmas Truce de Stanley Weintraub) et œuvres cinématographiques (Joyeux Noel de Christian Carion et Oh What a Lovely War de Richard Attenborough) témoignent de la Trêve de Noël, véritable fait historique.

Néanmoins, celle-ci ne dura qu’à peine plus d’un jour. Par la suite, la guerre reprit sa folie meurtrière. Le conflit se convertit en l’un des épisodes les plus tristes de l’Histoire, provoquant des millions de victimes.

Si le football est, de nos jours, décrié pour la violence qu’il peut engendrer, il a su dans l’Histoire être un vecteur de cohésion entre des peuples aux idéologies opposées. S’il a pu contribuer, un temps soit peu, à adoucir les tensions, il est important de le rappeler. S’il a su susciter un moment de paix en pleine guerre, alors il est essentiel de l’honorer.