Togo : voyage au bout de l’enfer

Togo : voyage au bout de l’enfer

8 janvier 2022 0 Par Copa de Otro Mundo

8 janvier 2010. Sur le chemin qui la conduit jusqu’en Angola, pays hôte de la CAN, la sélection du Togo est victime d’une embuscade armée. Le bilan est lourd : trois vies disparaissent et plusieurs blessés graves. À moins de cinq mois du premier Mondial sur le continent Africain, l’attaque du bus choque.

Entre Pointe Noire, capitale de la République du Congo où la sélection du Togo vient de terminer sa préparation de la Coupe d’Afrique des Nations 2010 et l’Angola, pays hôte de la compétition, le trajet prend une tournure dramatique.

Le bus du Togo attaqué

L’itinéraire prévoit de passer par Cabinda, exclave angolaise située entre les deux Congo et l’océan Atlantique. Au moment de franchir le poste frontière, les forces de sécurité de l’ancienne colonie portugaise escortent le bus transportant la sélection togolaise. La zone n’est pas la plus sûre du pays. Après quelques kilomètres de route à travers la forêt, un coup de feu se fait entendre. C’est le premier d’une longue fusillade de plus d’une demi-heure. Le Front de Libération de l’Enclave de Cabinda, groupe de séparatiste, revendique l’attaque à la mitraillette.

Le bilan sera lourd. Amelete Abalo (assistant technique), Stan Ocloo (chef de presse) et Mario Adjoua (chauffeur du bus) y laisseront leurs vies. Le décès de ce dernier dans les premiers instants de l’embuscade s’avère fatidique puisque le bus se retrouve paralysé, dans l’impossibilité d’amorcer toute tentative de fuite. Les survivants témoigneront qu’au moment de tomber sous les balles, Ocloo était paisiblement entrain d’immortaliser la vie d’un groupe à trois jours de son entrée en compétition.

En pleine horreur, les joueurs se jettent au sol mettant leur survie au cœur de leurs prières. Malgré cela, certains sont touchés. Gravement. Parmi eux, il y a le défenseur Serge Akakpo. Mais aussi le gardien Kodjovi Obilale qui en gardera un handicap à vie après avoir été donné pour mort. Emmanuel Adebayor racontera que cet événement aura été « l’ une des pires choses qu’il a eu à vivre dans sa vie ». On ne pourra que le croire. Surtout que l’ex-monégasque aide au transport de ses coéquipiers en état critique jusqu’à l’hôpital.

Le boycott de la CAN

Suite à cette acte de terrorisme, les Eperviers prennent la décision de boycotter la compétition. Comment s’adonner encore aux joies du football si le corps, le cœur et l’esprit n’y sont plus ?

Pourtant quelques heures après cette décision, certaines voix se lèvent contre le boycott. Pour elles, le meilleur moyen de rendre hommages aux disparus devra se faire le terrain. Néanmoins, le gouvernement togolais refuse la requête pour motifs de sécurité. Ainsi le 11 janvier, la Confédération Africaine de Football entérine officiellement le forfait du Togo.

L’organe gérant le football africain ira jusqu’à exclure le Togo des deux CAN suivantes arguant une ingérence gouvernementale. Finalement jugée trop sévère, la sanction sera levée quelques mois plus tard.