L’Italie doit jouer son mondial

L’Italie doit jouer son mondial

25 mars 2022 0 Par Copa de Otro Mundo

25 mars 1934. Pour l’unique fois de l’histoire, le pays hôte d’un mondial doit valider sa présence par un match de qualification. L’Italie reçoit la Grèce dans un contexte politique particulier.

La deuxième Coupe du Monde de l’histoire se profile. Après le tournoi inaugural uruguayen en 1930, le Vieux-Continent s’apprête à accueillir la réunion internationale. Et c’est l’Italie qui en est désignée pays organisateur.

Un peu partout en Europe, le fléau des idéologies nationalistes gagne du terrain. L’Italie, dirigée par Benito Mussolini, ne déroge pas à la règle et va jusqu’à en devenir même l’un des symboles. Les faits historiques viendront le confirmer des années plus tard : entre ballon rond et politique il n’y a qu’un crampon. La popularité dont jouit le football est régulièrement instrumentalisée par des régimes autoritaires convertissant leurs équipes nationales en vitrines propagandistes, en arme de manipulation des peuples pour faire adhérer à un idéal. Et bien souvent, les dirigeants n’y connaissent rien. Dans ce contexte, le Mondial italien 1934 revêt d’un enjeu capital. Alors si par malheur, la Squadra Azzura ne parvient à se qualifier pour sa propre Coupe du Monde, l’affront serait sans commune mesure pour le Parti Fasciste. Le destin de la sélection se jouera dans une opposition aux effluves de parfums méditerranéens contre la Grèce.

L’organisation des qualifications

Pour la première fois, la FIFA met en place un tournoi préliminaire qualificatif. Quatre ans auparavant, elle n’avait pas eu à le faire puisque, frappées de plein fouet par la crise économique de 1929, seulement 13 équipes avaient accepté de se rendre sur les rives du Río de la Plata pour s’y disputer le titre suprême.

Cette fois-ci, 32 pays postulent. Afin de faire ressortir 16 équipes, l’instance internationale répartit l’ensemble des prétendants en 12 groupes composés de 3 ou de 2 équipes. Un système atypique mais qui fait l’affaire des italiens. Ceux-ci sont placés dans le groupe 3 avec la Grèce comme seul et unique adversaire. La question peut dores et déjà être posée : le pays hôte du mondial qui se déroulera 2 mois plus tard n’est-il pas avantagé par cette configuration ?

Raclée milanaise

Face aux grecs, la Squadra Azzura clairement favorite, est menée par une génération talentueuse avec en figure de proue son redoutable buteur, Giuseppe Meazza. À l’occasion de la première rencontre de cette double confrontation, l’Italie confirme sa supériorité en écrasant la sélection hellénique 4-0 (A. Guarisi 40’ ; G. Meazza 44’, 71’ ; G. Ferrari 69’). Les 20 000 spectateurs du San Siro peuvent aborder avec sérénité le match retour. Une rencontre qui n’aura finalement jamais lieu.

Plusieurs hypothèses sont évoquées pour justifier le désistement grec. La première avance que, trop découragés par la débâcle milanaise, les joueurs auraient préféré simplement se retirer. Foutu goût du challenge trop peu développé, on est loin encore de toutes ces histoires de remontada. La seconde, plus machiavélique mais surtout plus crédible, parle de possibles pots-de-vin glissés par la bande à Mussolini. Des dessous de table moyennant le forfait grec estimés à 650 millions de lires enrichies d’un immeuble athénien. Compte tenu de l’enjeu stratégique politique que revêt le Mondial 1934, cette dernière option prend du poids.

Finalement, l’Italie se qualifie donc pour sa Coupe du Monde et sera même couronnée sur ses terres romaines 77 jours plus tard. Quant à la FIFA, suite à cette situation rocambolesque, prendra la décision de qualifier automatiquement chaque pays hôte. Ce changement fera de l’Italie le seul et unique pays organisateur de l’histoire à avoir disputer un match de qualification. Une mesure qui commencera dès le Mondial suivant en France (1938) et qui verra la Squadra Azzura conserver son titre.