Le vol de la Coupe du Monde

Le vol de la Coupe du Monde

19 décembre 2021 0 Par Copa de Otro Mundo

19 décembre 1983. Rio ne répond plus. Le trophée Jules Rimet disparaît pour toujours. Entre rumeurs, désirs et fantasmes, la vie de la Coupe du Monde n’a jamais été un long fleuve tranquille.

Une fois n’est pas coutume, plongeons-nous dans la rubrique des « faits divers ». Ici, il est question du vol. Et non des moindres, celui de la Coupe du Monde.

L’histoire commence en 1930 lorsque se déroule le tout premier Mondial en terres uruguayennes. Dès lors, le vainqueur se voit remettre un trophée. Pensée par le sculpteur français Abel Lafleur, la coupe est une allégorie de la déesse grecque Niké de 35 cm en argent fin plaqué or. C’est en 1946 que la FIFA, décide de la baptiser « Jules Rimet », en hommage à son ancien Président et initiateur de la Coupe du Monde, la compétition. En réalité, elle devient, rapidement, l’un des objets les plus convoités de la planète. 

À chaque Coupe du Monde, son trophée. À ce propos, l’idée première prévoit que toute nation titrée puisse conserver définitivement la récompense. Mais du fait de la valeur de l’objet original, de sa signification et de la mystique qui s’empare des ailes de Niké, la FIFA trahit le rituel. Après cela, le trophée sera placé sous la responsabilité du dernier champion, durant les quatre années qui séparent une compétition à l’autre. Seuls trois titres mondiaux permettront à une sélection d’être la gardienne de la coupe originale pour l’éternité.

Le rapt nazi évité

Lorsqu’éclate la Seconde Guerre Mondiale, l’Uruguay (1930) et l’Italie (1934 et 1938) ont déjà été sacrés champions du monde. Le conflit oblige la FIFA à faire une pause de 12 ans. La squadra azzura étant l’ultime vainqueur en date, c’est sur la grande botte que le trophée Jules Rimet patiente. Or, les nazis, toujours en quête de superpuissance, cherchent à mettre la main sur le précieux. Mais comme l’expression le dit si bien « plus c’est gros, plus ça passe ». La coupe se trouve cachée dans une boîte à chaussures, placée sous le lit du docteur italien et vice-président de la FIFA Ottorino Barassi, pourtant maintes fois visité par les troupes allemandes. Mission sauvetage réussie.

Premier vol en 1966

Une fois la paix retrouvée sur la surface du globe et les joies sportives libérées, les pays appuient auprès de la FIFA pour le retour de la réunion internationale. Pourtant, d’autres petits malins veulent s’accaparer le prestigieux trophée. Cependant, eux, ne déambulent pas en short et chaussettes hautes.

En 1966, l’Angleterre est pays hôte. Quelques mois avant l’inauguration, les journaux titrent à tout va : les anglais ont perdu la Coupe du Monde. Sauf qu’ici, il n’est pas question de terrain, mais plutôt d’affaire non élucidée. La Coupe du Monde, exposée à Westminster, a disparu. Oh my God ! 

Par miracle, quelques jours après le début de l’énigme, la coupe refait surface. Le badaud David Corbett promène son chien nommé Pickles, dans un parc londonien. Le canin se convertit en héros national pour avoir découvert, caché dans un buisson, l’objet tant recherché. Le duo recevra une belle prime financière ainsi qu’une invitation à venir célébrer le futur titre remporté, à domicile, par les anglais.

3ème étoile pour le Brésil qui conserve le trophée

En 1970 au Mexique, les champions du monde brésiliens soulèvent pour la dernière fois le trophée Jules Rimet. Pelé est le Roi. Son capitaine Carlos Alberto, monté dans la tribune officielle du Coloso de Santa Úrsula, peut brandir le joyau vers le ciel. Une constellation se forme. C’est la 3ème étoile auriverde. Le Brésil ramène définitivement la coupe à la maison. À la suite de ce Mondial, un nouveau trophée naitra de la main artistique de l’italien Silvio Gazzaniga. Une création sublime en or 18 carats, mesurant 36,8cm et pesant 6 175 grammes. C’est la coupe que nous connaissons tous aujourd’hui.

19 décembre 1983 : le dernier vol

Alors que les tracas semblent avoir laissé en paix le trophée original, coup de tonnerre à Rio de Janeiro ! Le 19 décembre 1983, la Coupe du Monde s’évapore à nouveau. Pourtant mise sous protection dans une urne de cristal dotée d’un système pare-balle et d’une escorte rapprochée de gardes dédiés, l’impensable se produit au sein même du siège de la CBF (Fédération brésilienne).

Pas de trace d’effraction, mais une faille du dispositif de sécurité. Effectivement, un simple ruban électrique fixait l’urne au mur. Après s’être fait conduire par le gardien sous menace armée jusqu’au sacro-saint, il a donc suffit aux deux larrons de retirer le ruban pour désactiver le dispositif de sécurité et repartir avec le trésor. Le Brésil vit un drame, un affront total. Comment ceci a-t-il bien pu se produire ? Tout le monde s’en mêle, le Roi lance un appel. Pelé en personne supplie les voleurs de rendre l’objet. En vain.

La suite vacille entre spéculations et fortes présomptions. Un nom ressort, celui de l’argentin Juan Carlos Hernández, dévoué au trafic d’or. Conscient de la facilité du larcin, Hernández aurait ainsi recruté deux bandits pour faire le sale boulot. Le casting : José Luiz Vieira da Sila, alias Luiz Bigode, et Francisco José Rocha Rivera, alias Chico Barbudo.

Une rivalité Brésil/Argentine

Selon toutes vraisemblance, la coupe Jules Rimet aurait alors été fondue, quelques heures seulement après le vol. D’une simple et cynique manière, le précieux trophée aurait disparu pour toujours.

Peu de temps après le vol, le groupe est traduit devant les tribunaux et condamné. Néanmoins il n’a jamais été possible de prouver sa responsabilité directe dans la fonte de l’objet.

Le détective Murilo Miguel, convaincu de la culpabilité de Hernández déclare : « Juan Carlos Hernández était un gars très intelligent, il a fait semblant de ne rien savoir, mais quand je lui ai dit que pour les Brésiliens, c’était une offense qu’un Argentin puisse transformé leur coupe en lingot d’or, il m’a regardé avec un sourire dont je me souviens encore. Pour moi, c’était comme une confession ». De quoi alimenter un peu plus la rivalité entre ces deux voisins sud-américains !

En fin de compte aujourd’hui, et à la différence de son prédécesseur, le trophée reste gardé en Suisse au siège de la FIFA. Les vainqueurs se voient remettre une réplique en plaqué or. Foutue contrefaçon !