La création de la Coupe de France

La création de la Coupe de France

15 janvier 2022 0 Par Copa de Otro Mundo

15 janvier 1917. Alors que la Grande Guerre sévit, une nouvelle compétition voit le jour sur fond d’union nationale. La Coupe de France peut écrire le préambule de son long ouvrage.

« Ah Dieu! Que la guerre est jolie. Avec ses chants, ses longs loisirs. » griffonnera Guillaume Apollinaire pendant que les hommes s’entretuent. C’est dans un contexte de conflit international que se dessine les contours de la Coupe de France. Le lien entre cette nouvelle compétition et la Grande Guerre est bien réel. Il faut dire que ce loisir nommé « football » se popularise quelque peu au rythme des déplacements militaires, et plus particulièrement de ceux des soldats britanniques, sur les territoires défendus. Le ballon devient, assez logiquement, l’une des distractions favorites des Poilus. Son engouement a même gagné les tranchées (cf : La Trêve de Noël).

La France du début du XXème siècle assiste à l’émergence d’organisations de patronages sportifs. Le but ? Edifier la jeunesse d’un pays. D’ailleurs, la pratique du sport est plébiscitée en grande pompe. Bénéficiant du soutien de la presse, les arguments sont tout trouvés. Le sport et le foot préparent les futures chairs à canon à développer un semblant d’endurance physique mais aussi facilitent la récupération d’autonomie fonctionnelle de certains blessés déjà partis au front.

Comme souvent, plus il y a d’institutions, plus il est difficile de s’accorder autour d’un projet commun et de tirer dans le même sens. Or, en temps de guerre, l’union sacrée est de mise. Arrive alors un événement qui s’apparente en quelque sorte à l’armistice du football français : l’apparition d’un nouveau tournoi. Un événement va accélérer son processus de création.

L’hommage à Charles Simon

Le 15 juin 1915, Charles Simon, créateur du Comité Français Inter-Fédéral (qui deviendra la FFF en 1919) décède au champ d’honneur. Cette perte est l’élément fondateur du projet naissant. Le docteur Paul Michaux, père et Président de la Fédération Gymnastique et Sportive des Patronages de France (FGSPF), désire honorer la mémoire de son ami disparu. C’est l’occasion de ressortir de la boîte à idée un concept ayant déjà traversé les esprits avant l’éclatement de la guerre. Une idée qui marche du feu de Dieu Outre-Manche, alors pourquoi pas dans l’hexagone ?

Henri Delaunay (co-créateur de la Coupe du Monde en 1928), successeur de Charles Simon à la tête du CIF, propose d’importer le modèle anglais de la Cup (Coupe d’Angleterre) , enthousiasmé par l’atmosphère et la ferveur des finales auxquelles il a eu le privilège d’assister. Directement inspirée de la doyenne des compétitions de football mondial depuis 1871, la Coupe de France reprend son système à élimination directe. Aussi, elle met aux prises équipes de l’élite et clubs de catégories inférieures. Un format qui garantit le succès populaire.

Emballés, Jules Rimet, alors représentant du CIF à la FIFA, et Armand Stanislas Pillaudin donnent leur bénédiction, le 15 janvier 1917.

Paul Michaux, de son côté, a déjà passé commande auprès de l’orfèvre de Chobillon pour un trophée d’une valeur de 2000 Francs. La récompense de 3,150 kg posés sur un socle de marbre des Pyrénées de 15 kg prend naturellement le nom de Charles Simon. Elle ne prendra officiellement son appellation nationale qu’une fois la libération du pays acquise.

Delaunay, Rimet, Pillaudin et Michaux… où les quatre fantastiques de la Coupe de France !

La Coupe les charment tous !

Ça y est ! Tout est prêt pour le 7 octobre 1917, date à laquelle 48 clubs entreront en lice. Quelques mois plus tard, les joueurs d’un certain Olympique deviendront à jamais les premiers ! Devant une foule de 2000 personnes présentes au stade de la Légion Saint-Michel à Paris, l’Olympique de Pantin sera la première équipe à inscrire son nom sur la Coupe Charles Simon suite à sa victoire sur le FC Lyon (2-1).

Etant une enfant de la guerre, la Coupe de France est considérée comme une Pupille de la Nation. Sa puissante symbolique historique lui octroie une place toute particulière dans le cœur des français. Les épopées spectaculaires d’équipes amateurs aux effluves de grandes fêtes populaires; et les finales légendaires qu’elle offrira, viendront ajouter une part de mythe au fil de sa riche histoire. Au fond, le légendaire « charme de la Coupe » est bel et bien une réalité.