Josep Cubells : gardien du temple culé

Josep Cubells : gardien du temple culé

16 mars 2022 0 Par Copa de Otro Mundo

16 mars 1938. Des bombes de l’aviation italienne pleuvent sur Barcelone. Le siège du Barça est touché. Un héros miraculé parvient à sauver trophées et autres traces de la jeune histoire du club. Josep Cubells, gardien du temple culé.

Le chant des sirènes remplace celui des cloches de la Sagrada Familia. Il est presque minuit en ce triste 16 mars 1938 et Barcelone vient d’être bombardée. Lancée depuis les Iles Baléares, l’aviation italienne, alliée de Franco, déploie un raid meurtrier. Usines, entreprises et autres points stratégiques sont touchés provoquant un sentiment de terreur au sein de la population catalane.

Parmi les cibles atteintes, celle située au niveau 331 de la calle Consell de Cent relève d’une frappe emblématique : le siège du FC Barcelone, symbole du catalanisme et donc ennemi de la pensée Franquiste. À cette heure tardive, la présence humaine est quasi inexistante dans les locaux. Quasi, puisque le gardien des bureaux du Barça, Josep Cubells, lui, crèche à cet endroit-là.

Sauver le patrimoine du Barça

L’homme se trouve à l’arrière du bâtiment, partie épargnée par le bombardement. Impossible d’en dire autant de l’avant de la propriété qui vient de s’effondrer emportant avec lui les vies de cinq riverains.

Josep Cubells se sent alors investi d’une mission : sauver ce qui peut encore l’être du patrimoine culé. Ainsi grâce à l’aide d’autres habitants du quartier, Cubells parvient à conserver des documents, à isoler du mobilier, à récupérer une somme proche de 2500 pesetas en liquides et à protéger quelques trophées. Hélas, beaucoup de coupes viennent de partir en fumée.

L’horreur continuera de s’abattre les 17 et 18 mars faisant un millier de victimes. Malgré ce climat chaotique, l’employé du FCB poursuit sa quête et dégote un local sur la ronda de Sant Pere, artère reliant l’Arc de Triomf et la Plaça de Catalunya. Les trésors peuvent y être entreposés et cachés.

Sans sa pugnacité, une grande partie de la mémoire historique des 40 premières années d’existence du Barça aurait disparu.

Mais payant de sa santé ce geste héroïque, il demande un congé en maladie dans la foulée. Deux mois plus tard, Cubells retrouve l’ensemble de ses moyens et sollicite un retour. Cependant, le conseil d’administration dirigé par Francesc Xavier Casals, président du Barça depuis l’exécution de son prédécesseur par les franquistes en 1936, le lui refuse. « Les circonstances actuelles, le manque de travail et autres considérations » empêche tout retour. Telle est la justification arguée. L’absence de reconnaissance est criante.

Profondément lié à son club, Josep Cubells réitère une demande dès l’année suivante et réincorpore l’organigramme en octobre 1939.  Mais, à la différence de son précédent contrat, il ne bénéficie plus d’une chambre gratuite au du siège de l’institution. Le gardien du temple culé, véritable héros occupera un rôle au sein du club jusqu’à sa disparition en 1960.

Sur un plan politique, la Catalogne tombera aux mains des nationalistes quelques mois après les bombardements de mars 1938. Ces derniers obligeront le Barça à retirer le drapeau catalan de son écusson et à modifier son nom. Ce ne sera plus le Fútbol Club Barcelona mais désormais le Club de Fútbol Barcelona. Finalement, il retrouvera ses symboles originels en 1974. Entre temps, le Camp Nou se convertira en arène de l’opposition où les socios profiteront de cette tribune pour y revendiquer leurs idées : en catalan, bien évidemment.