Châtiment andin : la Bolivie humilie l’Argentine

Châtiment andin : la Bolivie humilie l’Argentine

1 avril 2022 0 Par Copa de Otro Mundo

1er avril 2009. En humiliant par 6 buts à 1 une Argentine au bord de l’asphyxie, la Bolivie s’offre l’un des exploits les plus retentissants de son histoire. Quand le souffle des Andes vous amène dans un autre monde…

Si pour bon nombre la date où la plaisanterie vient défier l’incrédulité de tout un chacun coïncide avec le 1er avril, il en est tout autrement en terres sud-américaines. Là-bas, les farceurs s’en donnent à cœur joie le 28 décembre, plus communément appelé le « Jour des Saints Innocents ». Alors, en ce 1er avril 2009, lorsque les suiveurs ont pris connaissance du résultat de l’opposition entre la Bolivie et l’Argentine comptant pour la 12ème journée des éliminatoires du Mondial 2010, personne n’a pensé un seul instant à une blague, de bon ou de mauvais gout, destinée à divertir les rubriques des pages sports. Non ici, point de bobard !

Exploit pour la Bolivie, opprobre pour l’Argentine

Stupéfaction ! À La Paz, Lla Bolivie vient de torpiller l’Argentine dans son stade Hernando Siles perché à plus de 3600 mètres d’altitude. 6-1, rien que ça ! Une bombe à double charge : l’une des plus grandes performance de La Verde pour l’une des pires déroutes de l’Albiceleste.

La dernière fois que la sélection argentine avait perdu par un tel écart, c’était en 1993 au Monumental face à la Colombie de Valderrama (5-0). Bien plus loin, il faut remonter en 1958 et fouiller dans les archives de la Coupe du Monde suédoise pour retrouver trace d’une défaite avec 6 buts dans la valise (6-1 face à la Tchécoslovaquie).

Contexte et conditions de jeu

Mais alors, comment expliquer une telle débâcle ? Premièrement, il est évident que l’Argentine a payé le prix fort les effets pervers de l’altitude et sa raréfaction d’oxygène. L’usure physique a coupé instantanément poumons, têtes et jambes. Outre le naufrage athlétique, les grands errements défensifs, aussi, ont ensuite largement favorisé le réalisme des offensives boliviennes. Nous allons y revenir plus en détail quelques lignes plus bas.

Malgré le parcours laborieux de la bande à Maradona dans cette phase qualificative sud-américaine (4 victoires en 11 matchs dont 3 lors des 3 rencontres initiales), le degré d’ahurissement n’avait d’égal que la différence de niveau sur papier entre les deux formations. Le déplacement dans l’Altiplano aurait dû, au mieux, n’être qu’une formalité, au pire, qu’un match compliqué mais accessible selon l’environnement argentin.

Excepté l’absence de Riquelme qui, quelques mois auparavant, avait annoncé ne plus souhaiter évoluer en sélection sous le mandat de Diego, l’Albiceleste a présenté une équipe truffée de joueurs de renoms. Jetons un œil à la composition alignée par Maradona : Carrizo au but, Zanetti, Demichelis, Heinze y Emiliano Papa en défense; Maxi Rodríguez, Mascherano, Gago, Lucho González au milieu et une attaque dirigée par Messi et Tévez. En face, Erwin Sánchez a proposé une équipe type, mais quoi qu’il en soit moins clinquante que celle de ses rivaux. Carlos Arias en gardien, Gatty Ribeiro, Manuel Peña, Ronald Rivero y Abdon Reyes en défense;  Ronald García, Leonel Reyes, Didí Torrico, Álex Da Rosa au milieu de terrain puis Marcelo Martins et Joaquín Botero en attaque.

La marée verte bolivienne

D’emblée, les argentins semblent être piégés en pleine tempête andine. À peine huit minutes de jeu et Carizzo a déjà sauvé les siens à trois reprises. À chaque fois sur des tentatives lointaines. La récompense ne tarde pas. À la 11ème minute, Demichelis, sorti dégager au devant de ses 16 mètres 50, est contré par un tacle rageur. Les boliviens sont là, à la retombée dans la surface. L’attaquant Moreno Martins, lui, est trouvé à hauteur du point de penalty et glisse le ballon au ras du poteau gauche. Cette fois-ci, Carizzo est impuissant. L’action de l’ouverture du score met en évidence les dispositions opposées des deux équipes dès l’entame de match. Pour cette raison, elle s’avérera être annonciatrice d’une après-midi en enfer pour les argentins.

Avec mérite, la Bolivie mène et est loin d’être rassasiée. Dès qu’ils le peuvent, les joueurs déclenchent des frappes de loin, accélèrent pour laisser littéralement leurs adversaires sur place, profitant au maximum du facteur « altitude ». Les argentins éprouvent toutes les peines à dépasser la ligne médiane. Il faut attendre la 20ème minute pour voir Messi se procurer une première occasion, bien négociée par C. Arias. Difficile d’en dire autant de sa boulette sur le puissant tir de 35m de Lucho González. Égalisation. Messi a la balle du 1-2. Malgré l’échec, l’orage semble être passé pour les coéquipiers de la Pulga. Impression trompeuse. La Verde repart en mode rouleur compresseur.

Même celui qui a maintenu à flot son équipe commence à flancher. Carizzo capte mal un ballon et J. Zanetti de provoquer une infraction sur Da Rosa dans la zone de vérité. Botero convertit le penalty à la 33ème minute, 2-1.

Juste avant le repos, le gardien bolivien Arias dégage une praline loin devant. Botero s’échappe sur la droite et centre pour Da Rosa, arrivé en flèche, qui conclut de la tête (3-1). Si les précédents buts ont souligné les problèmes des argentins dans les duels, celui-ci témoigne de l’apathie de toute une défense. L’Argentine n’y est plus. Définitivement.

L’Albiceleste à bout de souffle

Gratifiée d’une confortable avance, la Bolivie aurait pu opter pour une stratégie plus défensive en seconde période. Bien au contraire, les Altiplánicos repartent de plus belle. Moins de dix minutes après le retour des vestiaires et Botero fait à nouveau trembler les filets (53’). Encore un centre venu de la droite. Encore un homme étrangement seul dans la surface pour ajuster sa tête tranquillement.

De surcroît, un nouveau coup dur vient affaiblir une Argentine déjà mangée physiquement : l’expulsion de Di María, sept minutes seulement après son entrée à la place de Maxi Rodríguez. Ne tardent que 120 secondes pour assister au cinquième but, le troisième personnel de Botero. Appel déclenché plein axe, passe en profondeur piquée, une conclusion toujours aussi létale. L’arrière-garde est déshabillée.

Preuves supplémentaires du supplice argentin, les faveurs demandées aux boliviens durant la rencontre de ne plus marquer afin de stopper ce carnage. L’aveu d’impuissance est verbalisé. Jouissif pour celui qui l’entend, cruel et humiliant pour celui qui le prononce.

Finalement, à la 87ème minute, Tirroco scelle le résultat définitif d’une belle frappe limpide des 25m. Le calvaire se conclut pour l’Argentine.

L’exploit bolivien est grandiose mais s’avérera être un feu de paille dans cette campagne de qualification. Ainsi donc La Verde terminera à une décevante avant-dernière place au classement.

Finalement, altitude et attitude auront été fatales à l’Albiceleste. Mais les protégés de Maradona ne seront pas au bout de leurs émotions dans ces éliminatoires. Comme l’illustre la nuit de folie du 10 octobre 2009 qui en sera le point culminant.